Arménie Info

Culture arménienne

Tigrane le Grand et l'âge d'or de l'Empire arménien

Tigrane le Grand et l'âge d'or de l'Empire arménien
Image : Robert Pashayan — CC BY-SA 4.0

Tigrane II, passé à la postérité sous le nom de Tigrane le Grand (Tigran Mets), né vers 140 av. J.-C. et mort en 55 av. J.-C., incarne une période d'éclat sans précédent dans l'histoire de la nation arménienne. Issu de la dynastie des Artaxiades et petit-fils du monarque réformateur Artachès Ier, il régna de 95 à 55 av. J.-C. Sous son autorité, le royaume de Grande Arménie dépassa largement ses frontières traditionnelles pour s'affirmer, durant plusieurs décennies, comme la principale puissance établie à l'orient du monde romain.

Des rives de l'exil à l'affirmation royale

Avant de ceindre la couronne, le prince Tigrane passa de longues années retenu en otage à la cour du roi parthe Mithridate II, à la suite d'un conflit militaire défavorable aux Arméniens. Retenu avec les égards dus à son rang, il y découvrit les rouages diplomatiques et militaires des cours orientales. En 95 av. J.-C., à la mort de son père le roi Tigrane Ier, il recouvra sa liberté en échange de la cession de « soixante-dix vallées » fertiles situées en Atropatène.

Couronné à l'âge de quarante-cinq ans, Tigrane trouva un pays structuré par l'héritage de ses prédécesseurs. Toutefois, le relief montagneux découpait naturellement le pays en provinces où dominaient de puissants seigneurs féodaux, les nakharark. Soucieux de bâtir un pouvoir centralisé, le souverain consolida l'autorité royale. Dès 94 av. J.-C., il déposa Artanès, roi de Sophène, rattachant définitivement cette principauté au domaine royal. La même année, Tigrane scella une alliance décisive avec le roi du Pont, Mithridate VI Eupator, dont il épousa la fille Cléopâtre. Les deux monarques définirent leurs ambitions : l'Anatolie et les rivages occidentaux pour le royaume pontique, l'expansion vers l'Orient pour l'Arménie. Leurs armées unies intervinrent conjointement en Cappadoce dès 93 av. J.-C., repoussant le roi client soutenu par Rome, Ariobarzane Ier.

L'édification de l'empire « d'une mer à l'autre »

À la disparition de Mithridate II de Parthie en 88 av. J.-C., Tigrane saisit l'opportunité des divisions internes chez son ancien suzerain. Rejetant toute vassalité, l'armée arménienne reprit les soixante-dix vallées, entra en Haute-Mésopotamie et soumit l'Atropatène, l'Adiabène, la Gordyène et l'Osroène. Poussant jusqu'à Ecbatane, résidence d'été des rois parthes, Tigrane s'empara de la forteresse d'Adrabana. Le roi Gotarzès Ier dut s'incliner, et Tigrane reprit à son profit le titre souverain de « roi des rois » (arkayits arka). Au nord, le monarque étendit son influence sur les royaumes d'Ibérie et d'Albanie du Caucase.

En 83 av. J.-C., face à la déliquescence de l'Empire séleucide déchiré par des rivalités dynastiques, les notables et cités grecques de Syrie choisirent d'offrir la couronne à Tigrane pour ramener la concorde. Établissant Magadatès comme gouverneur à Antioche, le roi d'Arménie prit possession de la Syrie, de la Phénicie, de la Cilicie et de la Commagène, étendant ses avant-postes jusqu'à la cité de Ptolémaïs.

L'empire atteignit ainsi son apogée territorial, couvrant un territoire immense, s'étirant des Alpes pontiques et du Caucase jusqu'aux confins mésopotamiens, et de la mer Caspienne à la mer Méditerranée. Cette réalité géopolitique donna naissance à l'expression populaire de l'Arménie « d'une mer à l'autre » (tsovits tsov Hayastan). Selon l'historien Plutarque, Tigrane apparaissait en majesté escorté de quatre rois vassaux. À Rome même, Cicéron évoqua dans ses discours la menace que faisait peser la puissance du roi d'Arménie.

Tigranakert et le rayonnement hellénistique

Afin de doter ce vaste ensemble multiethnique d'un centre administratif adéquat, Tigrane fonda vers les années 80 et 70 av. J.-C. une nouvelle métropole, Tigranakert (Tigranocerte), établie dans la province d'Aghdznik sur le Tigre occidental. D'autres cités portant son nom furent également érigées, notamment en Artsakh. Pour faire prospérer sa nouvelle capitale, le roi y transféra des milliers de résidents issus de cités de Cappadoce et de Cilicie.

Tigranakert adopta un urbanisme d'inspiration grecque, avec un théâtre, des remparts imposants et de riches palais. Proclamé « philhellène », le roi accueillit à sa cour des rhéteurs et des philosophes, dont Métrodore de Scepsis, auteur d'une Histoire de Tigrane. L'administration adopta le grec aux côtés des traditions locales, tandis que le panthéon zoroastrien s'assimilait progressivement aux divinités de l'Olympe.

Ce dynamisme se refléta dans les monnaies frappées à Antioche et à Damas. Ces tétradrachmes en argent, admirés pour la finesse de leur gravure, représentaient le roi de profil, coiffé de la tiare arménienne ornée d'une étoile entre deux oiseaux de proie — symboles de la gloire royale zoroastrienne. Certains chercheurs voient dans cette étoile à queue la comète de Halley, observée en 87 av. J.-C. Au revers apparaissait la déesse Tyché d'Antioche trônant au-dessus du fleuve Oronte.

Le choc des légions et la paix d'Artachat

L'inévitable confrontation avec Rome survint lorsque Mithridate VI, vaincu par Lucullus en 72 av. J.-C., se réfugia auprès de Tigrane, qui refusa de livrer son allié et beau-père. En 69 av. J.-C., les troupes romaines envahirent l'Arménie et assiégèrent Tigranakert. Le 6 octobre 69 av. J.-C., à l'issue de la bataille et de la trahison d'une partie des gardes qui ouvrirent les portes, la capitale tomba aux mains de Lucullus, bien que Tigrane parvînt à sauver ses proches grâce à un corps de six mille cavaliers.

L'année suivante, les forces coalisées arméniennes et pontiques tinrent tête aux légions devant l'ancienne capitale, Artachat. Face à un terrain difficile et aux pertes subies, les soldats romains se mutinèrent, contraignant Lucullus à la retraite. Pompée reçut alors la mission de terminer la guerre en 66 av. J.-C. Confronté à l'avancée de nouvelles légions et à la révolte de son propre fils, Tigrane le Jeune, le monarque de soixante-quinze ans choisit la voie diplomatique.

Lors de la rencontre avec Pompée, Tigrane renonça à ses conquêtes extérieures — la Syrie, la Phénicie et la Sophène — et versa une indemnité de six mille talents d'argent. Pompée le releva avec déférence et confirma son autorité sur le royaume de Grande Arménie avec le titre d'allié de Rome. Tigrane régna ainsi paisiblement sur ses terres ancestrales jusqu'à sa disparition en 55 av. J.-C., à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, laissant le trône à son fils Artavazde II. De la plume admirative de Moïse de Khorène jusqu'aux opéras baroques composés au XVIIIe siècle par Antonio Vivaldi ou Christoph Willibald Gluck, l'épopée de Tigrane demeure l'un des repères les plus éclatants de la mémoire nationale arménienne.

Sources

Textes de Wikipédia (CC BY-SA 4.0) et de Wikisource (CC BY-SA 3.0), utilisés comme sources.

Article rédigé avec un outil d’IA à partir des sources citées, puis vérifié et corrigé par la rédaction.

À lire aussi