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Culture arménienne

L'épopée de David de Sassoun : mille ans de mémoire orale

L'épopée de David de Sassoun : mille ans de mémoire orale
Image : AgnesKarikaturen — CC BY-SA 4.0

Une épopée née de la parole

L'épopée de David de Sassoun, connue en arménien sous le nom de Sasna Tsrer (les Tordus ou les Audacieux du Sassoun), appartient à ces rares œuvres qui ont traversé les siècles portées par la seule voix des conteurs. Pendant plus de mille ans, les villageois des régions du Van, de Mouch, de Sassoun et des cantons voisins ont transmis de génération en génération l'histoire de quatre lignées de héros : Sanasar et Balthasar, Mher le Grand, David de Sassoun et Mher le Petit. Ce n'est qu'en 1873 que l'évêque Garegin Srvandztiants, au terme de trois années de recherche dans les villages inaccessibles de la plaine de Mouch, rencontre un paysan nommé Gurbo — ou Krpo selon les variantes — qui accepte de lui réciter l'intégralité du récit. L'évêque le consigne fidèlement et le publie à Constantinople en 1874 sous le titre David de Sassoun ou l'Épée de Mher.

Quatre cycles, une seule geste

L'œuvre se déploie en quatre branches distinctes, chacune portant le nom de son protagoniste principal. La première raconte la naissance miraculeuse des jumeaux Sanasar et Balthasar, fils de la princesse Tsovinar et conçus après qu'elle a bu l'eau d'une source sacrée ; leur fuite de Bagdad, la fondation de la forteresse de Sassoun sur des rochers sasan et leurs mariages. La seconde suit Mher le Grand, dit le Lion, qui libère le Sassoun du tribut imposé par le Mélik du Missir (l'Égypte arabe), devient frère de sang de ce dernier, mais tombe dans le piège de la veuve Ismil Khatoun, dont il a un fils illégitime — le futur Mélik du Missir. La troisième, la plus célèbre, est consacrée à David, fils légitime de Mher et d'Armaghan. Orphelin, élevé chez l'ennemi, il revient au pays, reconstruit le monastère de Marouta, terrasse les collecteurs d'impôts et tue en duel le Mélik du Missir. Il épouse Khandouth, mais une promesse oubliée à la sultane Tchemechkik le conduit à sa mort : sa propre fille, née de cette union brève, le transperce d'une flèche empoisonnée. Le quatrième cycle narre les errances de Mher le Petit, sa vengeance, ses mariages infructueux et son entrée finale dans la fente du Rocher du Corbeau, d'où il attend la fin des mensonges pour réapparaître.

Entre mythe et histoire

Les spécialistes situent la formation du noyau narratif autour du Xe siècle, mais des strates plus anciennes — cultes solaires, cosmogonie, motifs matriarcaux — affleurent dans les épisodes de la source lactée, du cheval parlant Kurkik Jalal ou de l'épée Fulgurante (Tur Ketsak). L'épopée reflète aussi la période de l'occupation arabe de l'Arménie, du VIIe siècle à la restauration du royaume par Achot Ier Bagratouni, et plus précisément les invasions du Sassoun, du Taron et du Vaspourakan à partir de 632 jusqu'à la révolte de 850-852. Certains chercheurs ont proposé d'identifier David au personnage historique de David de Taron, second fils de Bagrat II Bagratouni, sans que l'œuvre ne prétende à une valeur strictement historique.

De la collecte à la page imprimée

Après la première édition de 1874, Manuk Abeghian publie une seconde version en 1889 à Chouchi. Entre 1936 et 1951, une équipe dirigée par Abeghian, G. Abov et A. Ganalanyan rassemble près de soixante variantes en trois volumes savants totalisant plus de 2 500 pages. Un texte synthétique, dit « édition populaire », paraît en 1939 à Erevan et sert de base à toutes les traductions jusqu'aux années 1960 : russe (Valery Brioussov, 1881 ; version collective 1939), français (1964), anglais (Leon Zaven Surmelian, 1964), géorgien, chinois, allemand, etc. Hovhannes Toumanian en donne une version poétique en 1903, Ieghiché Tcharents une autre en 1933, Avétik Issahakian travaille sur Mher le Petit dès 1922. Au total, une cinquantaine de variantes ont été recensées, et le nombre de versions connues atteint 160.

Une tradition vivante

L'épopée ne dort pas dans les livres. Elle se dit encore aujourd'hui : le premier samedi d'octobre, jour de l'épopée dans certains villages, lors des mariages, baptêmes et grandes fêtes nationales. Le conteur, vêtu du costume national, s'assoit et module le récit d'une voix rythmée, accompagné du duduk. Les parties chantées alternent avec la prose. Une représentation dure jusqu'à deux heures, l'œuvre étant donnée par fragments. Cette pratique, transmise en famille, surtout dans les communautés rurales proches du folklore, a valu à l'épopée son inscription le 5 décembre 2012 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. L'art du récit n'a ni genre, ni âge, ni barrière professionnelle.

L'épopée dans les arts

Peintres et sculpteurs n'ont cessé de s'y inspirer. Iervand Kotchar illustre le texte dès 1939 ; sa statue équestre de David de Sassoun, érigée en 1959 à Erevan, est devenue le symbole de la capitale. Le cinéma d'animation s'en empare en 2010 avec Sasna Tsrer d'Arman Manaryan, long-métrage de 80 minutes fruit de huit ans de travail. La musique compte l'oratorio La Naissance de David de Sassoun de Garbis Aprikian et le poème symphonique David de Sassoun d'Airat Ichmouratov (2005), créé d'après la prose de Nairi Zarian. La bande dessinée Le Prince de Sassoun d'Alban Guillemois (2010) prolonge la diffusion auprès de nouveaux publics.

Le 29 octobre 2026, le musée d'art et de littérature d'Arménie ouvrira ses collections au public en Auvergne-Rhône-Alpes. Une occasion rare de découvrir manuscrits, éditions anciennes, illustrations originales et objets liés à cette geste millénaire qui continue de battre au cœur de la culture arménienne.

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Sources

Textes de Wikipédia (CC BY-SA 4.0) et de Wikisource (CC BY-SA 3.0), utilisés comme sources.

Article rédigé avec un outil d’IA à partir des sources citées, puis vérifié et corrigé par la rédaction.

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