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Culture arménienne

Sergueï Paradjanov : le maître souverain du cinéma poétique

Sergueï Paradjanov : le maître souverain du cinéma poétique
Image : Tiia Monto — CC BY-SA 3.0

Né le 9 janvier 1924 à Tbilissi sous le nom de Sarkis Hovsepi Paradjanyan, Sergueï Iossifovitch Paradjanov demeure l'une des figures les plus fascinantes et singulières du septième art. Élevé au sein d'une famille arménienne par son père Iossif, un antiquaire réputé de la capitale géorgienne, et sa mère Siranush Bejanova, le jeune garçon grandit entouré d'objets d'art, d'étoffes anciennes et de curiosités. Cet univers baroque et précieux façonne à jamais sa sensibilité visuelle. Conscient de son identité singulière au carrefour des cultures, il déclarait d'ailleurs en 1988 : « Tout le monde sait que j'ai trois patries. Je suis né en Géorgie, j'ai travaillé en Ukraine et je vais mourir en Arménie. »

Une formation exigeante et la quête d'un langage propre

Après un bref passage par l'Institut des ingénieurs du transport ferroviaire de Tbilissi, Paradjanov choisit résolument les arts. Il intègre le Conservatoire d'État de Tbilissi pour y travailler le chant, suit des cours de danse auprès du théâtre d'opéra de la ville, puis rejoint en 1945 le Conservatoire de Moscou dans la classe de la cantatrice Nina Dorliak. En 1946, il s'oriente vers la mise en scène au prestigieux Institut fédéral d'État de la cinématographie (VGIK), où il se forme auprès des maîtres ukrainiens Igor Savtchenko puis Alexandre Dovjenko.

Diplômé en 1951 grâce à son court-métrage Andriesh, adapté d'un conte moldave d'Emilian Bukov, il s'installe à Kiev aux studios Dovjenko. Sa vie personnelle est alors marquée par le deuil tragique de sa première épouse, Nigyar Kerimova, assassinée par sa propre famille après sa conversion à la foi chrétienne orthodoxe. En 1956, il épouse Svetlana Chtcherbatiouk, avec qui il a un fils, Souren, né en 1958. Durant ses premières années kiéviennes, Paradjanov signe des documentaires (Dumka, Natalia Oujvi, Les Mains d'or) et des longs-métrages (Le Premier Gars, Rhapsodie ukrainienne, Une fleur sur la pierre) encore contraints par les conventions du réalisme socialiste, une période qu'il rejettera par la suite pour forger son indépendance créatrice.

La rupture stylistique et l'éclosion du chef-d'œuvre arménien

L'année 1964 marque un tournant décisif avec Les Chevaux de feu (Les Ombres des ancêtres oubliés), inspiré de l'œuvre littéraire de Mikhaïl Kotzioubinski. Tourné dans les Carpates en dialecte houtsoul et sans doublage en langue russe, le film bouleverse la grammaire cinématographique par son lyrisme, ses recherches plastiques et sa puissance visuelle. L'œuvre obtient un triomphe international et récolte de nombreuses récompenses, notamment aux festivals de Rome et de Mar del Plata, révélant au monde un créateur visionnaire.

Cependant, c'est en se rendant en Arménie que Paradjanov accomplit sa révolution esthétique suprême. En 1966, il réalise le documentaire Hakob Hovnatanian sur le célèbre peintre, puis entreprend la mise en scène de la vie du poète et troubadour Sayat Nova pour les studios Armenfilm. Sorti sous le titre Sayat Nova : La Couleur de la grenade (1968), le film récuse toute narration linéaire classique au profit de tableaux vivants d'une beauté hiératique. Paradjanov y orchestre une suite d'allégories visuelles inspirées des miniatures traditionnelles et des légendes arméniennes. Déconcertées par son audace formelle et son refus du dogme officiel, les autorités imposent d'importantes coupes et confient un remontage au cinéaste Sergueï Youtkevitch. Malgré la censure, le film s'impose instantanément auprès des créateurs du monde entier comme un sommet indépassable de cinéma poétique.

Les épreuves de la répression soviétique

L'esprit libertaire de Paradjanov et ses prises de position courageuses contre la persécution de l'intelligentsia ukrainienne attirent rapidement l'hostilité du KGB. En décembre 1973, alors qu'il se rend à Kiev, le cinéaste est arrêté. Accusé d'homosexualité et d'agression sexuelle lors d'un procès monté de toutes pièces, il est condamné en avril 1974 à cinq années de réclusion en camp de travail à régime sévère.

Emprisonné dans des conditions éprouvantes qui dégradent fortement sa santé, souffrant du diabète et de graves complications pulmonaires, le réalisateur ne cesse pourtant jamais de créer. Privé de caméra, il compense le manque de moyens par une immense inventivité plastique : il compose des centaines de dessins, sculpte de petites poupées et réalise de saisissants collages à partir de matériaux de récupération, gravant même au clou des médaillons sur des capsules de bouteilles de kéfir. En Occident, une mobilisation sans précédent réunit autour de son nom des intellectuels et des cinéastes majeurs comme Federico Fellini, Andreï Tarkovski, Jean-Luc Godard, François Truffaut et Yves Saint Laurent. L'écrivain français Louis Aragon intervient personnellement auprès du dirigeant soviétique Léonid Brejnev, permettant sa libération anticipée à la fin du mois de décembre 1977.

Assigné à résidence à Tbilissi et interdit de tournage, Paradjanov subit une nouvelle incarcération en 1982 sous prétexte d'une affaire de pot-de-vin, consécutive à des propos critiques tenus au théâtre de la Taganka à Moscou. Il est libéré la même année après l'intervention de la poétesse Bella Akhmadoulina.

Renaissance artistique et consécration perpétuelle

Au milieu des années 1980, le dégel politique permet enfin à Paradjanov de reprendre le chemin des plateaux. Avec son collaborateur Dodo Abachidzé, il coréalise La Légende de la forteresse de Souram (1985), d'après Daniel Chonkadze, puis Achik Kérib, conte d'un poète amoureux (1988), adapté d'un conte de Mikhaïl Lermontov et dédié à son fidèle ami Andreï Tarkovski. Ses créations tardives confirment l'autorité de sa vision esthétique, dominée par les plans fixes frontaux et une ferveur figurative intacte.

Alors qu'il s'attelle à son projet autobiographique La Confession, la maladie le terrasse. Hospitalisé à Moscou puis à Paris, il choisit de revenir sur le sol de ses aïeux et s'éteint des suites d'un cancer du poumon le 20 juillet 1990 à Erevan, à l'âge de 66 ans. Il repose désormais au Panthéon de la capitale arménienne. Les scènes filmées de son ultime scénario inachevé sont préservées en 1992 par son proche compagnon Mikhaïl Vartanov dans le documentaire Paradjanov : Le Dernier Printemps.

Consacré Artiste du peuple de la RSS d'Arménie en 1990, Paradjanov a laissé une trace indélébile. Inauguré en 1991 à Erevan, le musée Sergueï-Paradjanov veille sur ses dessins, ses installations et ses collages féeriques, perpétuant la mémoire vivante d'un créateur indomptable dont l'œuvre radieuse continue d'éclairer l'âme arménienne et le cinéma universel.

Sources

Textes de Wikipédia (CC BY-SA 4.0) et de Wikisource (CC BY-SA 3.0), utilisés comme sources.

Article rédigé avec un outil d’IA à partir des sources citées, puis vérifié et corrigé par la rédaction.

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