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Ani, la cité aux mille et une églises : gloire et résilience de l'ancienne capitale arménienne

Ani, la cité aux mille et une églises : gloire et résilience de l'ancienne capitale arménienne
Image : haigoes — CC BY-SA 3.0

Dressée sur un promontoire triangulaire bordé par les gorges de la rivière Akhourian et la vallée de Tsaghkotsadzor, la cité médiévale d'Ani s'élève à environ 1 340 mètres d'altitude, au cœur de la province historique de Chirak. Aujourd'hui située dans la province de Kars, face aux villages arméniens de Kharkov, Norshen et Aniavan, l'ancienne capitale veille sur une frontière fermée. Surnommée la « ville aux mille et une églises » et la « capitale de l'an mil », Ani demeure pour les Arméniens le symbole le plus éclatant et le plus tangible de leur grandeur passée. Malgré les épreuves du temps, ses monuments de tuf volcanique témoignent d'un rayonnement politique, spirituel et architectural exceptionnel.

De la forteresse kamsarakan à la métropole des Bagratides

Mentionnée dès le Ve siècle par les historiens arméniens Yéghiché et Ghazar Parpetsi, Ani est d'abord une solide forteresse appartenant à la noble dynastie des Kamsarakan. Au début du IXe siècle, le prince Ashot Msaker acquiert les cantons d'Arsharunik et de Chirak, faisant entrer la place forte dans le giron des Bagratides.

Le destin d'Ani se transforme véritablement au cours du Xe siècle. En 961, le roi Ashot III choisit d'y transférer sa capitale depuis Kars. Dès 964, il fait édifier une première enceinte de remparts, les murailles dites « Ashotashen », ainsi qu'un grand palais sur la colline de la citadelle de Midjnaberd. La croissance de la cité est rapide : vers 989, le roi Smbat II entreprend la construction d'une seconde ligne fortifiée, les imposantes murailles « Smbatashen », longues de 2 500 mètres et pourvues de tours semi-circulaires. En 992, le siège du catholicossat arménien s'installe à son tour dans la ville.

Sous le règne de Gagik Ier (989-1020), la capitale bagratide atteint l'apogée de sa puissance. Idéalement située sur les routes marchandes la reliant à l'Empire byzantin, à la Perse et au monde arabe, Ani devient un carrefour économique majeur doté d'une population cosmopolite, estimée par les historiens à environ 100 000 habitants, voire jusqu'à 200 000 selon certaines sources arméniennes d'alors. Rues et places pavées, canalisations, marchés et ateliers d'artisans tissent la trame d'une grande métropole médiévale.

Le chef-d’œuvre de l’école architecturale d’Ani

Ani s'affirme comme le berceau d'une école architecturale novatrice, portée au plus haut niveau par le maître d'œuvre Tiridate (Trdat). C'est à ce célèbre architecte que l'on doit la grande cathédrale de la ville, consacrée à la Sainte-Mère-de-Dieu (Surp Asdvadzadzin). Commencée sous Smbat II vers 989 et achevée en 1001 sous Gagik Ier, l'édifice est un modèle de basilique à coupole. Ses arcs brisés, ses piliers fasciculés et ses demi-colonnettes introduisent des solutions structurales que l'Europe occidentale ne développera que deux siècles plus tard avec l'art gothique. Tiridate conçoit également, entre 1001 et 1010, l'église Saint-Grégoire de Gagkashen, vaste rotonde à trois niveaux bâtie sur le modèle de Zvartnots.

Si l'adage populaire évoque mille et une églises, les archéologues ont mis au jour une cinquantaine d'églises majeures, ainsi que de nombreuses chapelles. L'église du Saint-Sauveur, élevée en 1036 sous l'impulsion du prince Ablgharid Pahlavide pour accueillir une relique de la Vraie Croix, présente un remarquable plan octoconque. Non loin, l'église Saint-Grégoire dite d'Abougraments déploie un plan hexaconcal orné de niches profondes.

La cité est également un foyer culturel de premier ordre. Son académie religieuse, le vardapetaran, attire des lettrés éminents à l'instar de Grigor Magistros Pahlavouni et d'Hovhannès Sarkavag, tandis que des ateliers de copistes et d'enlumineurs y enrichissent la tradition manuscrite arménienne.

Épreuves, renaissance zakaride et déclin

Après la mort de Gagik Ier, les querelles successorales affaiblissent le royaume. En 1045, l'Empire byzantin annexe la ville en contraignant le jeune roi Gagik II à l'exil. Deux décennies plus tard, le 16 août 1064, une vaste armée seldjoukide menée par Alp Arslan s'empare d'Ani après vingt-cinq jours de siège, soumettant la ville au pillage et aux massacres, comme en témoigne le chroniqueur Sibt ibn al-Jawzi. En 1072, la cité est cédée à la dynastie kurde des Cheddadides.

La population locale n'accepte pas cette domination et appelle régulièrement à l'aide le royaume chrétien de Géorgie. En 1199, les généraux arméniens Zakaré et Ivané Zakarian, soutenus par la reine Tamar de Géorgie, libèrent définitivement Ani. Devenue le centre de l'Arménie zakaride, la ville connaît un renouveau remarquable. C'est durant cette période, en 1215, qu'un riche marchand nommé Tigrane Honents finance l'église Saint-Grégoire, chef-d'œuvre à nef unique doté de magnifiques fresques illustrant la vie de saint Grégoire l'Illuminateur et du Christ.

Ce nouvel élan est brisé en 1236 par la déferlante mongole, qui met la ville à sac. Frappée par des séismes désastreux — notamment celui de 1319 qui renverse la coupole de la cathédrale — et marginalisée par le détournement des grands axes commerciaux régionaux, Ani se dépeuple progressivement. Capitale passagère des Qara Qoyunlu au XIVe siècle avant que ceux-ci ne lui préfèrent Erevan, la cité voit le siège du catholicossat arménien regagner Sainte-Etchmiadzin en 1441. Réduite à l'état de modeste village sous les Ottomans, elle est totalement désertée au cours du XVIIIe siècle.

Mémoire, fouilles et reconnaissance patrimoniale

Rattachée à l'Empire russe en 1878, la région d'Ani s'ouvre à la recherche archéologique moderne. En 1892, l'orientaliste Nicolas Marr engage d'importantes campagnes de fouilles sous les auspices de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, travaux poursuivis sans relâche de 1904 à 1917 pour inventorier, consolider et exposer les trésors découverts. En avril 1918, devant l'avancée de l'armée ottomane, l'archéologue Ashkharbek Kalantar parvient à évacuer près de 6 000 objets d'Ani. Regroupés à l'initiative de Joseph Orbeli, ces précieux témoins reposent aujourd'hui au Musée d'histoire d'Arménie à Erevan.

Les édifices encore sporadiquement utilisés au début du XXe siècle ont été vandalisés lors du génocide de 1915. Après la reprise du site par la Turquie en 1920 et la fixation de la frontière par le traité de Kars en 1921, des destructions touchent les chantiers de fouilles de Marr. En 1988, le tremblement de terre de Spitak détruit l'angle nord-ouest de la cathédrale.

La stature universelle de ce patrimoine exceptionnel est solennellement consacrée le 15 juillet 2016, lors de la 40e session du Comité du patrimoine mondial, par l'inscription du site archéologique d'Ani sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Évoquée avec nostalgie dans la poésie arménienne, notamment par Hovhannès Chiraz, Ani demeure une source inaltérable de fierté et un témoin magistral du génie bâti arménien.

Sources

Textes de Wikipédia (CC BY-SA 4.0) et de Wikisource (CC BY-SA 3.0), utilisés comme sources.

Article rédigé avec un outil d’IA à partir des sources citées, puis vérifié et corrigé par la rédaction.

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