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La bataille de Sardarapat : le sursaut héroïque de mai 1918

La bataille de Sardarapat : le sursaut héroïque de mai 1918
Image : Սէրուժ Ուրիշեան (Serouj Ourishian) — CC BY-SA 3.0

À la fin du mois de mai 1918, à seulement quarante kilomètres à l'ouest d'Erevan, le destin de la nation arménienne s'est joué sur les terres de la plaine d'Ararat. Engagée dans la campagne du Caucase de la Première Guerre mondiale, la bataille de Sardarapat — souvent qualifiée par la mémoire collective de « nouvel Avarayr du XXe siècle » — a opposé du 21 au 29 mai les unités régulières et les volontaires arméniens aux troupes d'invasion de l'Empire ottoman. L'enjeu dépassait la simple défense d'un territoire : il s'agissait d'empêcher l'anéantissement pur et simple du peuple arménien et d'ouvrir la voie à la renaissance de son État.

Le péril de mai 1918 et le refus de capituler

Après la révolution russe de 1917 et l'armistice d'Erzincan, l'armée russe quitta le front caucasien, laissant de modestes détachements arméniens assurer la défense de la région. Dès février 1918, la 3e armée ottomane de Mehmet Vehib Pacha reprit l'offensive en Arménie occidentale. Malgré la signature du traité de Brest-Litovsk en mars, les forces ottomanes poursuivirent leur avancée : après l'échec des pourparlers de Trabzon, la forteresse de Kars tomba le 25 avril, puis Alexandropol (l'actuelle Gyumri) fut capturée le 15 mai. Seule une fraction restreinte du territoire demeurait libre, où s'entassaient environ 350 000 réfugiés ayant fui le génocide arménien.

L'invasion plongea les dirigeants dans une angoisse extrême. Lors des négociations de Batoumi, la délégation arménienne formée par Alexandre Khatissian et Hovannès Katchaznouni conseilla de ne pas résister, tandis que le général ottoman Halil Bey affirmait le 19 mai que les Arméniens étaient vaincus. À Erevan, le conseil municipal adopta le 18 mai la proposition du maire Tadevos Tochian d'évacuer la cité vers Kanaker et de la livrer sans combat. Mais le Comité spécial du Conseil national d'Erevan, dirigé par Aram Manoukian, cassa immédiatement cette décision. Mobilisant environ 1 500 habitants, Manoukian fit fortifier les accès de la ville, notamment autour d'Erablur. Le même jour, accompagné du commandant Arshavir Shahkhatouni, il se rendit à Etchmiadzin pour inciter le Catholicos Georges V Soureniants à se replier à Byurakan. Le chef de l'Église refusa catégoriquement de fuir et ordonna de sonner le tocsin pour appeler le peuple à une résistance implacable.

La mobilisation générale dans la plaine d'Ararat

Le commandant général des forces arméniennes, le général-major Tovmas Nazarbekian, et son chef d'état-major Ievgueni Vichinski réorganisèrent les troupes pour verrouiller les voies vers Tiflis et Erevan. Le général-major Movsès Silikian prit la tête du contingent d'Erevan, installant son état-major au Séminaire théologique Gevorkian d'Etchmiadzin aux côtés du colonel Alexander Vekilian. La conduite directe des opérations sur le front de Sardarapat fut confiée au colonel Daniel Bek-Piroumian, assisté du capitaine Alexander Chneour.

Côté arménien, les effectifs rassemblaient 9 000 à 10 000 hommes au début des combats (ramenés ensuite à 6 000 ou 6 500 après l'envoi de renforts vers Bach Abaran), soutenus par 28 canons sous la direction du colonel Kristapor Araratian. Ces troupes comprenaient la 2e division du corps arménien — notamment le 5e régiment d'infanterie du colonel Poghos-Bek Piroumian et le 6e régiment du lieutenant-colonel Abraham Doloukhanian —, des tirailleurs partisans conduits par Alexeï Perekriostov, des volontaires de Van, de Zeïtoun et d'Erzincan menés par Karapet Hassan-Pashayan, ainsi qu'un escadron de 300 cavaliers yézidis commandé par Jangir Agha et Usub Bek. Un jeune officier de cavalerie, le futur maréchal Hovhannes Bagramyan, participait également aux engagements. Face à eux, la 36e division ottomane du colonel Pirselimoğlu Hamdi Bey, intégrée au corps d'armée de Yakub Shevki Pacha, alignait entre 7 500 et 10 000 soldats et cavaliers kurdes, dotés de 40 pièces d'artillerie.

De la contre-attaque du 22 mai à la victoire

L'avancée ottomane devint critique le 21 mai : les assaillants prirent le village et la gare de Sardarapat, puis Gechrlu et Verin Kolibeklu, s'approchant à une vingtaine de kilomètres d'Erevan près du demi-stationnement de Ghamishlu. Les communications risquaient d'être coupées avec 100 000 réfugiés. La batterie d'artillerie du capitaine Khoren Igitkhanian stoppa net cette progression près d'Artashar, tandis que les ponts sur l'Araxe, comme celui de Margara, étaient détruits ou vigoureusement défendus pour préserver les arrières arméniens.

Au petit matin du 22 mai, après un engagement nocturne victorieux livré par les cavaliers de Jangir Agha à Molla Bayazet, le colonel Daniel Bek-Piroumian lança une contre-offensive générale. Les 5e et 6e régiments, appuyés par les tirs précis des batteries d'Igitkhanian, de Vladimir Sakkilari, de Nikolaï Klitch et de Sergo Atanesian, enfoncèrent les lignes ottomanes à Ghamishlu. Après des corps-à-corps à la baïonnette, les troupes adverses furent mises en déroute, laissant plus de 500 morts et blessés. Les forces arméniennes libérèrent Sardarapat, Gechrlu, Molla Bayazet, Ujan et Kosh, progressant de 15 à 20 kilomètres. Avant le combat, l'archevêque Garegin Hovsepian avait harangué le 5e régiment en le baptisant les « Kamikazes » (Makhapartner).

Le 24 mai, le général Silikian lança une proclamation ordonnant à tous les hommes de moins de cinquante ans de prendre les armes. Les offensives ottomanes du 24 mai échouèrent sous le feu de l'artillerie arménienne. Enfin, une manœuvre de contournement orchestrée par la colonne de Hassan-Pashayan et le détachement de 200 volontaires de Mouch conduit par Pandukht porta un coup fatal sur les arrières et le flanc gauche ennemis. Les forces ottomanes furent contraintes de fuir en direction d'Alexandropol et d'Ani.

Un triomphe fondateur et un sanctuaire de mémoire

Comme l'a souligné l'historien Christopher J. Walker, sans cette résistance victorieuse, « il est parfaitement possible que le mot Arménie n'eût plus désigné qu'un terme de géographie antique ». En brisant l'offensive ottomane à Sardarapat et à Bach Abaran, les combattants arméniens ont préservé la population d'un nouveau massacre et rendu possible la naissance de la Première République d'Arménie, proclamée le 28 mai 1918, suivie de la signature du traité de Batoumi le 4 juin.

Pour le cinquantième anniversaire de la bataille, en mai 1968, un mémorial monumental en tuf rouge conçu par l'architecte Rafael Israyelyan et le sculpteur Ara Harutyunyan a été inauguré sur le champ de bataille. Dominé par son imposant clocher-beffroi et ses taureaux ailés, l'ensemble perpétue le souvenir de ceux qui ont offert à l'Arménie sa survie et sa liberté retrouvée.

Sources

Textes de Wikipédia (CC BY-SA 4.0) et de Wikisource (CC BY-SA 3.0), utilisés comme sources.

Article rédigé avec un outil d’IA à partir des sources citées, puis vérifié et corrigé par la rédaction.

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